Bureaux écologiques

 Voici la description du nouveau bâtiment abritant les bureaux du Japan Offspring Fund dans la préfecture de Saitama, au nord de Tokyo.

Introduction

  Le JOF désirait déménager ses locaux, auparavant situés au centre de Tokyo, pour plusieurs raisons, dont le risque conséquent d’un grand tremblement de terre. Nous avons calculé que le Grand tremblement de terre du Kanto pourrait conduire à la propagation d’un nuage de radiations sur Tokyo si les anciens réacteurs nucléaires de Hamaoka, au sud de la capitale, venaient à être endommagés. Nous avions pensé auparavant qu’il était possible de fuir par le train, mais leur circulation est automatiquement interrompue en cas de séisme. Ainsi, il était évident qu’il y aurait tellement de circulation sur les ponts surmontant la rivière Arakawa qu’il serait virtuellement impossible de quitter Tokyo.

  M.Junichi Kowaka s’est lancé dans un projet ambitieux avec l’idée que les trois aspects majeurs dans la construction du nouveau bâtiment devaient être la santé, la durabilité et un faible impact environnemental. Le but était de construire un bâtiment de trois étages en bois qui pourrait durer 300 ans. La volonté de construire un bâtiment aux normes anti-sismiques qui soit également réellement écologique nous a mené à la conclusion qu’il fallait le construire hors de Tokyo.

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Tout d’abord les fondations

  La construction d’un immeuble de 3 étages en béton armé demande de solides fondations. Le fait que nous désirions notamment avoir des murs assez épais pour assurer une isolation satisfaisante entraînait la nécessité d’utiliser des piliers souterrains pour supporter la structure. La question était de savoir jusqu’à quelle profondeur les enterrer. Les données précises sur la condition du terrain ne sont généralement accessibles qu’une fois l’achat effectué, tandis que les informations générales sont disponibles au Centre d’Évaluation Environnemental, une entreprise de Fukuoka spécialisée dans la collecte de ce genre de donnée.

  Nous avons commencé à creuser afin d’analyser la nature du sol le 25 juillet 2006. L’analyse est réalisée en suspendant une lourde barre d’acier à un trépied spécial et en l’enfonçant dans le sol à différentes profondeurs. Les effets sont alors méticuleusement observés afin de déterminer la nature du terrain. Dans les plaines de la région du Kanto, le sol est généralement argileux, et peu propice à la construction de hauts bâtiments. Les experts nous ont en effet annoncé que notre terrain était basiquement constitué de sable mouillé. Afin d’obtenir le feu vert nécessaire à la construction d’un immeuble en béton armé, il nous aurait fallu construire des fondations allant jusqu’à 9m de profondeur afin de permettre la construction d’un bâtiment de 3 étages. Ceci étant extrêmement coûteux, nous avons revu nos plans originaux et choisi de bâtir un immeuble en bois à la place.

  Tout en considérant les contraintes imposées par le budget du JOF pour la construction, nous avons examiné plusieurs idées, notamment à propos des économies d’énergie.

  « Des suggestions telles l’aménagement d’un toit vert, avec des cultures ou un jardin, ont été rejetées », indique Junichi Kowaka. « Il n’y avait pas d’élément permettant de démontrer que cela serait efficace dans notre cas. Ce type de toit est beaucoup plus pertinent dans le centre de Tokyo, où il y a peu de verdure et de végétation, afin de se protéger du phénomène d’îlot de chaleur urbain. Mais ici à Saitama il n’y en a pas vraiment besoin, le seul avantage de l’idée était que cela rendrait le bâtiment plus esthétique. Par contre, à la place nous faisons pousser une sorte de courge appelée hechima (Luffa cylindrical), qui grimpe très haut telle la vigne et permet de créer de l’ombre, assurant ainsi la fraîcheur des murs.

jof-luffa-hechima

Un Design simple

  En septembre 2006, notre nouveau design était prêt. Le bâtiment abritant nos nouveaux bureaux serait un immeuble rectangulaire de 3 étages construit entièrement en bois de cèdre du Japon. La forme rectangulaire, très simple, est en fait le meilleur choix d’un point de vue anti-sismique. Une simple boîte en bois avec des piliers à l’intérieur est la structure des maisons traditionnelles japonaises.

  « Nous l’appelons le style Yamaga, car l’idée est venue de notre architecte M.Yamaga Yasuhiro » exprime Junichi Kowaka.  « Cette forme rectangulaire comporte de nombreux avantages. Par exemple, le toit simple permet d’éviter le risque de fuites en cas de pluies intenses et de typhons. Le fait de ne pas avoir de murs arrondis permet également de réduire le coût et les délais de constructions. De plus, un bâtiment de forme inégale pourrait créer des pressions sur le sol, le faisant s’enfoncer ou s’effondrer en cas de séisme. »

Purification du terrain

  Le 29 janvier 2007, nous avons pratiqué une cérémonie traditionnelle vouée à « purifier le sol ». Cela consiste à verser du nihonshu (alcool de riz japonais) au centre du site de construction ainsi qu’aux 4 coins, en offrande au kami (dieu) des lieux, lui demandant sa protection. La cérémonie traditionnelle est appelée tokoshizume no matsuri et se termine par une révérence de remerciement.

blessing-ceremony

  Beaucoup d’ajustements ont été réalisés depuis le début du projet. Par exemple, nous voulions un sous-sol profond sous le bâtiment afin de pouvoir entreposer des marchandises. Nous avions prévu de faire un plafond à 2,15m de hauteur, mais en raison des mesures de protection contre les glissements de terrain, cela s’élevait à un coût beaucoup trop élevé, ce qui nous a conduit à revoir la hauteur à un peu moins de 2m. Un sous-sol plus petit signifiait également 70 % de terre en moins à déplacer, ce qui correspondait à notre idée d’un bâtiment réellement écologique.

  Afin d’éviter les glissements de terrain pendant les excavations et la création des fondations, des panneaux spéciaux doivent être enfoncés dans le sol. Du fait que nous avions soigneusement sélectionné les meilleurs matériaux et techniques anti-sismiques, la construction prit plus de temps qu’une construction normale. Par exemple, nous avons utilisé des boulons d’ancrage en acier trempé pour une durabilité optimale, plutôt qu’en fer galvanisé comme cela se fait habituellement. Nous avons également choisi des barres de soutien plus épaisses que la normale de 5cm, afin d’éviter la corrosion due à la pollution de l’air.

  Tandis que les ouvriers versaient le béton pour les fondations, nous avons ressenti un grand plaisir de voir notre projet enfin en marche. Des tests ont été effectués afin de vérifier si la densité du béton est correcte. La valeur habituelle est de 18cm par défaut, mais nous avons décidé de l’augmenter jusqu’à 12cm pour une meilleur résistance. Quand nous avons fait le test, notre béton était de 11,5cm, aussi dur que de la pierre. L’épaisseur des murs de fondation est de 20cm, et nous avons soigneusement protégé le béton encore humide pendant la construction contre le froid, jusqu’à ce qu’il sèche. Le 12 mars, quand nous avons enlevé le coffrage, nous avons été plus que satisfaits de constater que le béton était dense et lisse, un signe que le travail avait été fait méticuleusement.

Un Design destiné à durer 300 ans

  Ce bâtiment écologique est destiné à durer 300 ans. Le galvalume extérieur devra peut-être être remplacé mais la structure en bois devrait résister au moins 300 ans. Comparé aux habituelles constructions traditionnelles japonaises, vouées à durer seulement 60 ans, c’est absolument remarquable. De plus, le design simple et judicieux permet de rendre le bâtiment encore plus résistant aux séismes.

wood-building

  En avril 2007, les piliers de bois et poutres pour les murs avaient été installés sur la hauteur des 3 étages. Nous avons utilisé du bois produit au Japon et évité de le traiter, le cyprès japonais étant adapté au climat local. De plus, nous voulions également supporter l’industrie du bois japonaise et permettre la perpétuation de son savoir-faire. En retour, ceci permet d’aider à protéger et entretenir les forêts japonaises. Tout le bois utilisé dans la construction provient de Shimonita, situé dans le sud-ouest de la préfecture de Gunma, au nord de Saitama.

  Le bois de bonne qualité est préférable du point de vue de nombreux aspects comparé à des matériaux moins chers mais qui doivent être imprégnés de produits chimiques afin d’être imperméabilisés. Les jours de pluie, nos ouvriers pouvaient commencer à travailler tout de suite après qu’elle ait cessé, tandis que les autres matériaux devaient être protégés par des bâches de vinyle afin de ne pas se trouver endommagés par la pluie.

  Nous avons choisi comme autre caractéristique d’insérer des barres en acier trempé de 2cm d’épaisseur entre les fondations en béton et les poutres en cyprès. Cet espace est important en ce qu’il permet un passage de l’air qui contribue à éliminer l’humidité, empêchant ainsi le bois de pourrir. Le concept de l’architecte Akinori Sagane d’une « Maison à travers laquelle le vent peut passer » est important, et c’est pourquoi nous l’avons adopté.

Un bâtiment que le vent peut traverser

  Nous avons utilisé une technique unique afin de connecter les piliers verticaux aux barres transversales qui supportent la structure. En cas de fort tremblement de terre ou typhon, ces jonctions se retrouvent sous une pression intense qui peut faire se fendre, craquer ou casser le bois. Les bâtiments normaux se contentent de cela mais nous avons choisi un nouveau type de jonction combinant plusieurs mécanismes afin de supporter cette pression.

  Inspirés par le plus grand bâtiment en bois au monde, le temple bouddhiste Todai-ji à nara, construit au 8ème siècle et reconstruit en 1709, nous voulions éviter l’utilisation de boulons et autres pièces en fer qui rouilleraient, et avons choisi des supports de jonction en acier trempé. Notre bâtiment a été construit avec des éléments jusqu’à 3 fois plus résistants que les jonctions en Z ordinaires. Junichi Kowaka attribue la faible durée de vie des maisons japonaises à ces jonctions trop faibles, et a déjà interpellé l’industrie du bâtiment pour qu’ils prennent ce problème au sérieux.

wall-wool-insulation

De la laine pour l’isolation

  Le Japan Offspring Fund a fait campagne pour la sûreté de l’habitat et l’environnement et contre l’usage de matériaux synthétiques pour l’isolation. Le syndrome de la « maison malade » est un  problème majeur frappant les constructions modernes partout dans le monde. Un grand nombre de personnes sont aujourd’hui victimes d’allergies et eczémas, ainsi que d’autres problèmes de santé.

  Pour notre construction, nous avons sélectionné de la laine d’origine australienne à 100 % pour l’isolation dans les murs et le sol. C’est à la fois sûr pour les personnes à l’intérieur du bâtiment mais aussi pour les travailleurs la manipulant lors de sa production et de la construction. La laine minérale et la laine de verre peuvent être cancérigènes et nécessitent le port de masques lors de leur manipulation afin que les particules ne pénètrent pas dans les poumons.

 La laine naturelle est extrêmement efficace pour absorber l’humidité et permet au bâtiment de supporter le changement des saisons. Son autre point fort est sa propriété d’isolation phonique. Elle permet d’éliminer tout écho dans le bâtiment et d’empêcher aux bruits extérieurs de pénétrer à l’intérieur.

Les murs

  « J’adore les maisons en bois » explique Junichi Kowaka. « Mais il est important que les parties en bois ne soient pas exposées à l’extérieur. Au Japon, il pleut beaucoup et l’atmosphère est très humide. S’il est exposé, il pourrira facilement, et le bâtiment ne durerait certainement pas 300 ans. C’est pourquoi j’ai décidé de le couvrir avec un métal spécial, le galvalume».

  En effet, de l’extérieur le bâtiment ne semble pas être fait de bois, puisqu’il est entièrement couvert de galvalume : un matériau gris clair sobre, inorganique. Cependant, une fois que vous ouvrez la porte ça n’a plus rien à voir. Nos bureaux sont très chaleureux et confortables, faits de bois et de papier. Aucuns matériaux synthétiques ni chimiques n’ont été utilisés dans la construction de l’immeuble.

  « Le galvalume est une plaque de fer recouverte d’aluminium, de zinc et de silicone » explique Junichi Kowaka. « L’aluminium est durable et le zinc empêche la corrosion. Le galvalume est 3 fois plus durable que du simple fer galvanisé plaqué avec du zinc, souvent utilisé dans la construction de toits bon marché appelés toits de tôle. Le galvalume utilisé pour les murs aura probablement besoin d’être refait tous les 40-50 ans, mais les murs eux-même n’auront pas besoin d’être remplacés. Le nouveau galvalume peut être mis directement sur le galvalume déjà existant. Cela limitera les déchets et diminuera les coûts. »

  Le galvalume possède d’autres avantages : il résiste à la chaleur, est facile à manipuler, s’abîme difficilement, peut être facilement réparé et reflète la lumière du soleil, évitant ainsi une trop grande augmentation de la température en été.

  A l’intérieur du bâtiment, tous les murs sont en bois ou recouverts d’un plâtre fait de coquillages et autres substances riches en calcium. Nous avons découvert que chaque année, 600 000 tonnes de coquillages sont jetées, et en utiliser comme matériau de construction semblait une idée vraiment écologique. Nous n’avons utilisé aucun adhésif chimique ni formaldéhyde dans la construction du bâtiment. Les seuls adhésifs que nous avons utilisé sont des colles naturelles faites à base de riz.

Les murs de l’immeuble abritant les nouveaux bureaux du Japan Offsrping Fund ont les avantages suivants :

(1) Sécurité des employés

(2) Emploi de matériaux naturels

(3) Absorption et élimination de l’humidité

(4) Réduction de la condensation

(5) Durabilité

(6) Confort

(7) Réutilisation des ressources

Nous vous invitons à prendre rendez-vous pour venir visiter nos bureaux !



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